WWW.PLANETESLAM.COM PRÉSENTE :

Spectacle interactif de poésie,
 ouvert à toutes et à tous !

Poétesses et poètes d'un soir
 Se voient offrir un verre à boire !


A.S.B.L PLANETESLAM.COM
61, rue Saint Hilaire
94210 LA VARENNE
tél.: 06 11 28 32 75
mel : contact@planeteslam.com

S L A M,
la recette miracle de poésie !

Ingrédients : 
une date, un lieu, une scène, une présentatrice ou un présentateur, des poétesses, des poètes, des poèmes, un public

Préparatifs :
prévenir les copines et les copains de la tenue d'un slam par tous les moyens de communication existants : affiches, tracts, annonces presse, conférences de presse, radio, télé, mailings, spam, bouche à oreille, bouche à bouche, clavier à écran, texto, morse, pigeon voyageur, sémaphore, algorithmes cryptés, braille, idéogrammes, télépathie, tam-tams, feux d'indiens, etc...

Cuisson :

  1. Le slam c'est quoi ? C'est un mouvement social, culturel, artistique.

  2. C'est une pratique égalitaire, démocratique, communautaire,, 

  3. Où tout le monde est invité à s'inscrire pour interpréter

  4. Dans une totale liberté de style, de genre, sujet traité

  5. En trois minutes temps limité,
    sans musique, à égalité,

  6. Un poème, une ode, une histoire,
    sans costume, décor, accessoire.

  7. Poétesses et poètes d'un jour ou d'un soir, gagnent ainsi un verre à boire.

Tournoi slam de la Caravane.
Paris, Novembre 2003



Une lutte poétique fratricide et sans merci
pour 4 kg de pommes bios !

Dégustation :
Servir chaud bouillant.
Consommer sans modération.

SLAM, LE MOUVEMENT
par Tsunami MC


Fleur,  poétesse.

Le slam est un spectacle sous forme de rencontres de poésie. Créé par Marc Smith à  Chicago dans les années 80, il a suscité rapidement un engouement médiatique qui lui permet de se propager dans le monde entier. Il apporte un renouveau à la poésie orale et met en valeur l'art de la performance poétique.

Le slam se déroule dans des lieux publics, bars, cafés, salles de spectacles, MJC, cinémas, tous les espaces pouvant réunir poètes et spectateurs. Il permet aussi de présenter de la poésie orale sur des sites inhabituels, bureaux de poste, librairies,  écoles, hôpitaux, prisons ou marchés en plein air par exemple.

Seule condition pour participer, s’inscrire auprès du présentateur. Le slam donne la parole à toutes et à tous, avec une liberté totale de style, de genre et de sujet traité.

En France, le mouvement se développe depuis 1998. Les scènes fleurissent à Paris et se multiplient dans toute la France. L'entrée est libre et la plupart des scènes sont des rencontres poétiques s'appuyant sur l'alibi convivial : 
1 poème dit =
  1 verre offert

Lors des compétitions "pour rire", le jury est constitué de cinq personnes tirées au sort dans le public. Les règles sont les suivantes :

  • Un poème à la fois, devant être une oeuvre originale du poète.

  • Pas d’accessoires, pas de costumes, pas d’accompagnement musical.

  • Trois minutes par passage, plus dix secondes de bonus. Au delà, des points de pénalité sont déduits de la note.

  • Les juges attribuent une note après chaque poème sur une échelle de 1 à 10. La note la plus haute et la plus basse sont retirées. Le score, total des trois notes restantes, est inscrit sur un tableau visible de tous. 

  • Le jury ne doit se laisser influencer ni par le présentateur, ni par le public, ni par les poètes.

Les règles peuvent varier d’un tournoi à l'autre mais doivent toujours s’appuyer sur ces principes de base pour assurer la cohésion du spectacle. Tous les poètes participent au premier tour. Les mieux notés participent au tour suivant et ainsi de suite jusqu’à la finale. Des lots sont offerts aux vainqueurs pour les encourager à continuer de pratiquer la poésie orale. Aux États-Unis, dans la plupart des villes et sur les scènes régulières, un tournoi annuel est organisé pour sélectionner les participants au Slam National.

En mariant poésie et spectacle interactif, le slam est le terrain d’expression idéal pour tous les poètes et toutes les formes de poésie. Il touche tous les publics, bien au delà des cercles littéraires classiques. Il suffit de se rendre à un slam pour constater l'engouement populaire : Mission accomplie !

Tsunami MC, d’après Slampapi.com, le site de Marc Smith, fondateur du mouvement Slam.

SLAM, LA PHILOSOPHIE
par Marc Smith


Marc Smith

J'ai créé un show au Green Mill intitulé "Uptown Poetry Slam". On fêtera bientôt son vingtième anniversaire. Il a été joué pour plus de soixante dix mille personnes, et autant de bouches et de paires d'oreilles. Certains l'ont trouvé "nul à chier" et d'autres l'ont trouvé "génial".

Ce spectacle, mélange de scène ouverte, invités de marque, comédie musicale, art dramatique et interactivité avec le public, a pour particularité d'être une compétition "pour rire" entre poètes, arbitrée par des juges choisis parmi les spectateurs. Bien que le show ait toujours mis l'accent sur les performances oratoires des poètes, c'est la compétition, par son rituel dramatique, qui a suscité l'intérêt des médias et son engouement populaire. Est-ce une bonne chose ? Parfois, je pense que non.

Le slam ne m'appartient pas. Il appartient à ceux qui consacrent leur temps, leur argent et leur énergie à ce format interactif né à Chicago pour présenter la poésie à un public qui a d'autres chats à fouetter et tant d'autres sollicitations alléchantes pour attirer son attention.

Suis-je fier de la communauté qui a grandi sous l'effet de mes maigres efforts ? Oui. Et j'espère qu'elle continuera à grandir dans le droit fil des références de ce que nous appelons "la famille Slam":

  • Le spectacle et son rapport au public sont plus importants que chaque performance individuelle. 

  • Les règles ne sont pas le but, le  but, c'est la poésie. (Alan Wolfe)

  • Le spectacle de la poésie est un art, tout autant que le fait d'en écrire.

  • Le but de la poésie, et de l'art en général, n'est pas de glorifier le poète mais plutôt de
    célébrer la communauté à laquelle il appartient.

  • Personne n'est tenu d'écouter le poète. C'est à celui-ci de communiquer avec efficacité, art et sincérité afin d'obtenir l'attention du public.

  • Le slam doit être ouvert à toutes et à tous ainsi qu'à toutes les formes de poésie.

  • Chaque organisateur de slam doit être libre d'attache de toute structure extérieure et n'a de compte à rendre à aucune autorité si ce n'est à la communauté des poètes et au  public.

  • Aucun groupe, individu ou organisation extérieure n'est censé exploiter à son profit le mouvement slam. Nous sommes liés aux efforts de chacun dans la communauté. Les réussites individuelles sont des prolongements des apports antérieurs. Le succès de  l'un rejaillit sur tous.

  • Le Slam National a commencé par être un hommage d'une ville à une autre ville. C'est un don de la communauté des poètes à tous les nouveaux venus.

  • Certaines théories peuvent impressionner le néophyte. L'esprit communautaire du slam est en conflit permanent avec les ambitions individuelles et les appétits égoïstes.  Ce combat  pourrait détruire la cohésion et la créativité du mouvement. 
    Vous l'aurez deviné, je suis du côté de l'idéalisme et de l'espoir.

    Marc Smith ("Et alors ?") 
    Traduction Jean-Jacques Robert, adaptation Tsunami MC assisté de Petit Modèle.

TSUNAMI MC,
poète slameur


Tsunami MC

Tsunami MC est poète, photographe, musicien. Il se passionne depuis toujours pour la communication orale, écrite, audiovisuelle. Chef d'entreprise pendant dix ans, il a travaillé en tant que rédacteur, musicien, journaliste presse, radio, télévision et multimédia interactif.

Surnommé le "griot blanc de Paris" par Manu Dibango dans les années 80, il découvre le slam en janvier 2002 au bar des Lucioles à Paris. Il s'engage activement dans le mouvement avec Slam Productions avant de voler de ses propres ailes  slam en 2003.

Son objectif : contribuer au développement de la libre expression, de la pratique de l'écriture et de la poésie par le slam.

Depuis janvier 2002, Tsunami MC s'est produit ou se produit avec les slameurs :

- sur les scènes parisiennes :
Les Lucioles,  Le Gobe Lune, l'Abracadabar, le Balajo, le Bar à Nénette, l'Usine,  La Coupole, le Lappe Art, l'Union bar, Théranga, La Plage, l'Autobus, La Passerelle, Le Pataquès, le Café Culturel (Saint-Denis)
- sur les scènes de province et d'ailleurs :
Le Lieu Unique (Nantes), Les Subsistances (Lyon), L'Entre Peaux (Bourges), Le Bistrot de la Cité (Rennes), le local Débarquement (Caen), le Salon Rouge de la Volksbuhne (Berlin)
 - lors de festivals et d'évènements culturels :
la Nuit Blanche à Paris, le Printemps des poètes, Lire en fête, Un Été au Ciné, le Festival d'Aurillac, le Festival des Arts de rue de Redon, le Salon de l'Education à Paris, le Festival Hip Hop Aucard de Tours, le Festival des cultures urbaines de Canteleu,  au Cinéma les 400 coups à Angers, 
à l'Euro Slam poésie de Caen, aux rencontres internationales Slam de Berlin, au Printemps des Singuliers  à Paris

Il a animé ou co-animé des ateliers pour Slam Productions à La Maison du Nouveau Monde (Villeneuve La Garenne), au Phare de l'Ill (Illkirsch), à la Maison d'arrêt de la Santé,à l'Estran (Paris), au Centre de vie Sanitas (Tours), au Chabada (Angers), aux Subsistances (Lyon), à la médiathèque de Miramas, au Salon de l'Éducation (Paris), au Festival des cultures urbaines (Canteleu) et pour Planète Slamau:  Quartier des mineurs à la Maison d'arrêt de Villepinte.

Il a présenté des slams pour Slam Productions  à l'Écrin du 19ème,  à l'Église St Leu St Gilles, aux Lucioles, à l'Abracadabar, à l'Emmaüs Tessier, à la Poste de Bagnolet, aux librairies Équipages, Page 189, l'Atelier, Les Mots Passants (Aubervilliers), au Festival d'Aurillac, au Festival Hip Hop Aucard (Tours),  au Phare de l'Ill (Illkirsch) et pour Planète Slam au Printemps des Singuliers (Paris), aux Fontaines d'Abdel (Paris), à La Caravane (Paris), Au Henri Cording (Rennes), au Regain (Saint André-des Eaux), au Festival Hip Hop de la Ligne 13 (Saint Denis) dans le cadre du Forum Social Européen. 

Couverture télé, radio, presse :
- "J'ai pas sommeil", infos régionales (FR3 Nantes & Lyon), "SODA" ( TV5), Fun TV, TV Rennes, Zaléa TV, Télé Bocal, France Inter auprès de Pascale Clark, sur Radio Aligre avec Black Sifichi,  Radio Libertaire, sur Canal B (Rennes), Libération, Télérama, Métro, The Source

L'HISTOIRE DU SLAM
Voir également : L'histoire du slam français (site 129H.com)


Cristin O'Keefe Aptowicz

I) INTRODUCTION

Mouvement poétique, social et culturel, le «slam» apparaît à Chicago dans les années 80. Il hérite des cultures poétiques européennes, américaines et africaines en y ajoutant la ferme volonté de donner la parole à toutes et tous. Basé sur la notion de communauté, le slam affirme le caractère démocratique de la poésie et lui ajoute une dimension de spectacle

La «slam family» s’inspire du mouvement punk et rejoint parfois le hip hop par ses revendications sociales. Mais surtout, le slam abolit les frontières cloisonnant les styles, les genres, les poètes de la rue et les poètes «académiques».

Marc Smith, un jeune écrivain de Chicago, baptise le mouvement «slam» ( «claquer» en anglais). Dans un bar nommé le Green Mill, il organise des compétitions de poésie ( "Uptown Poetry Slam") arbitrées par le public.

Ces rencontres-combats «pour rire» connaissent un vif succès, relayé par les médias dès 1987. Le mouvement gagne San Francisco par le biais de l’Association Nationale de Poésie, puis l’ensemble du territoire américain.

L’International Organization of Performing Poets structure et resserre les liens entre les nombreuses équipes qui organisent des slams à travers les États-Unis. Le mouvement se propage et se fédère avec le premier Grand Slam National Américain en 1990 à San Francisco.

La «slam family» tire sa force de la diversité des voix et de l’organisation très précise des championnats, régis par des règles strictes qui permettent au mouvement de rester à la fois ouvert et créatif sans perdre la notion de communauté.

En 1996, deux journalistes s’intéressent au slameur Saül Williams, vainqueur de plusieurs compétitions américaines et vedette des documentaires «Underground Voices» et «Slam Nation» de Paul Devin. Surtout, il participe à la rédaction du film «Slam» réalisé par Marc Lévin en 1997, dont il joue le rôle principal. Caméra d’or au Festival de Cannes 1998, ce film fait mondialement connaître le mouvement. CNN, MTV et la presse font sortir la «Slam Family» du milieu underground.

Le mouvement se développe alors en Europe, dans le monde, d'Israël à Singapour en passant par l'Australie. Les scènes et les associations se multiplient à Paris, St Denis, Mantes la Jolie et en province. En France, le slam conserve surtout de son modèle américain la notion de communauté mais les slams sont plus généralement des scènes ouvertes sans jury plutôt que des compétitions.

II) DEVELOPPEMENT :  la naissance du slam (extrait du site polysémiques)

A/Des origines non conventionnelles

Art collectif, tribune de libre expression, mouvement à forte revendication sociale, le Slam prend racine dans une culture qui emprunte autant à la tradition de la poésie américaine (de Walt Whitman à Allen Ginsberg) qu'à la culture afro-américaine (des dirty dozens au toasting) et au mouvement punk.
Dès la fin des années 70, les lectures de Jerome Salla et Elaine Equi font figures de précurseurs. Vient ensuite la performance de Ted Berrigan et Ann Waldam, qui, vêtus d'un équipement de boxeurs, se livrent à une joute sur le modèle des matchs de boxes, joute qui marquera les esprits.
Des nouveaux gladiateurs du verbe font leur apparition et, en faisant descendre la poésie de sa tour d'ivoire, conquiérent un nouveau public.

On s'accorde à situer les origines de la poésie slam remontent au milieu des années 80 quand, Marc Smith, jeune écrivain informel de Chicago, eut l’idée d’organiser une compétition de poésie dans le bar Green Mill.
Smith voulait que le public devienne juge en prenant part à la dialectique poète-public. Il voulait faire descendre la poésie de sa tour d'ivoire pour acquérir un statut semi-populaire et envisageait le poète comme le serviteur du peuple. Aussi, le style slam devait se construire à partir de contributions d'origine démocratique, issues de la communauté et du public. Marc Smith inventa alors le "slamming": la poésie contre les conventions, dans les bars au lieu des salons ou des clubs.
Ce nouveau mouvement fut baptisé ironiquement "le slam-poésie des beaux quartiers" (the uptown poetry slam). Ces premiers slams avaient l'aspect de tournois d'exhibition et, bien qu'informels, ils ressemblaient déjà, en beaucoup de points, à ce qu'ils sont aujourd'hui.
Pour le premier slam, Jean Howard et Anna Brown endossèrent des tenues de combat cloutées et portèrent des armes. Marc Smith voulait une bataille. Et les poètes devaient user de leur poésie comme d'une arme. Les arbitres étaient choisis parmi les auditeurs. A l'aide d'un petit carton, ils attribuaient une note (de 1 à 10) à chaque poème lu. A la fin du tournoi, les scores étaient additionnés pour déterminer le vainqueur.
A ce moment là, personne n'avait une claire définition du slam qui s'ébauchait. Il s'agissait de faire comprendre au public que le slam, certes un combat, pouvait permettre aussi de s'exprimer avec subtilité, calmement, dramatiquement, etc...

Dès novembre 1987, les rencontres slam ont leur chronique dans le Chicago Magazine et deviennent le grand événement de la ville. Cette fois, tous les ingrédients sont là pour connaître le succès : le public, l'esthétique, la contribution d'artistes, l'esthétique, la participation de personnalités...
Aussi, le phénomène se propage rapidement dans tout le pays et connaît un grand succès. L'ambiance est celle d'un match de boxe carnavalesque; on vend des hot dogs pendant les tournois; à l'extérieur, un bonimenteur harangue la foule. Le but est de combiner la poésie et le spectacle, le travail théorique et la théâtralisation, le spectacle.

En octobre 90, à San Francisco, Herman Berlandt et Jack Mueller de l'Association Nationale de Poésie, organisèrent un festival national de poésie auquel participèrent pour la première fois les slameurs. Gary Glazner était en charge de l'organisation. Glazner contacta Marc Smith afin de l'éclairer sur les moyens logistiques d'organiser un slam. Le slam se fraya ainsi un chemin jusqu'au département des affaires culturelles de Chicago.

Le slam atteignit son apogée dans la ville de Chicago, permettant à maints écrivains locaux de se faire connaître. Le fossé entre les écrivains académiques et les slameurs se creusa encore plus. Les slameurs de Chicago mettaient en avant la question sociale. Formellement, ils évitent la rime, le système métrique traditionnel, et d'employer comme sujet le "je" usuellement réservé au style narratif. Le slam étant un art oral de spectacle, ils refusent toute publication et édition.
Marc Smith décida d'offrir à San Francisco son concept du slam. L'école slam de Chicago conquit rapidement San Francisco. Il restait à conquérir la côte Est, ce qui fut fait rapidement.
Boston devint la rivale de Chicago. Dès 1992, Boston accueillait les championnats nationaux du Slam. Le climat politique agressif de Boston en 1992 favorisa l'essor et le succès du Slam en Nouvelle-Angleterre.

Très vite, le slam se répandit à travers les USA. Chaque semaine, chaque mois, dans plus de vingt villes américaines, des écrivains se rassemblaient pour faire entendre leur voix par le biais du spectacle, chaque communauté accentuant ses propres spécificités culturelles.
En 1993 se tint le premier Slam dans le métro, sous l'eau (the Underwater Slam) à San Francisco. Les poètes firent un spectacle de 20 minutes dans le métro entre la baie de San Francisco et Berkeley. Lorsqu'ils annoncèrent qu'ils envisageaient de répéter cette opération hebdomadairement, les gens, pris de panique, quittèrent précipitamment leur siège pour se réfugier dans un autre wagon.
Ce festival de San Fransisco en 1993 fut un tournant dans l’évolution de la communauté. De nombreux désaccords parmi les équipes organisatrices firent prendre conscience aux membres de la communauté de l’urgence de structurer les rassemblements. Un comité fut créé (L’ »International Organisation of Performing Poets » ou IOPP) chargé d’organiser les compétitions nationales et d’en mettre aux points les règles du jeu. Il mit aussi en place des rencontres internationales : les International Olympics.

Depuis des compétitions sont régulièrement organisées à échelle nationale dans de nombreux pays autres que les USA (France , Royaume-Uni, Suède , Israël, Danemark, Suisse, Singapour ….) , ce qui atteste de toute la vivacité du mouvement slam.
Ce comité assure cohésion au mouvement et a réussi à créer une vraie communauté qui a ses règles de vie, surtout aux USA.
Souvent, une scène locale oppose divers cafés, première zone d’échange. Interviennent ensuite les compétitions nationales et internationales. Ces rassemblements sont des moments unificateurs pour l’ensemble de la « slam family ». C’est aussi l’occasion de brasser les idées, les poètes lient de nouvelles amitiés et découvrent de nouvelles influences : « the people come to read their poems and to have a good time. Maybe they make new friends. Maybe they win $10. Who knows what could happen?»
Ces rassemblements donnent lieux à de nombreuses critiques de la part des participants où chacun exprime sa conception de la communauté, les enjeux des compétitions… Souvent les votants discutent jusqu’au petit matin des performances. Un réel dialogue existe et soude la communauté, le mot d’ordre est : « Our strength is the diversity of our voices. » Le dialogue entre les nombreux groupes est ensuite entretenu à distance grâce au Slam news service que propose un site internet « SlamNewsletter ». Il permet de nombreux échanges d’opinions entre slamers: nombreux sont ceux qui critiques les performances, les votes , l’activisme du mouvement ; il est le siège de nombreux débats. Lien unique entre les différentes villes, il est accessible à tous, et assure toute la cohésion de la communauté. Le SlamNews Service distribue aussi à tous ses adhérents les dernières nouvelles officielles: compte-rendus des dernières compétitions, plannings futurs…

Peu de mouvements d’expression ( musicaux ou poétiques) sont aussi cohérents , soudés et ouverts que la « Slam family» des années 90. Celle-ci se distingue par son organisation quasi rigide, qui génère émulation et créativité.


B / Le règne des championnats

Jusqu’en 1996 les divers championnats et festivals représentent les évènements majeurs de la scène slam et contribuent à sa popularisation. Ils sont organisés sur trois échelles : locale , nationale ,internationale. Ce sont des évènements démocratiques et fédérateurs, qui ressemblent beaucoup aux matchs sur rings organisés à Chicago. Les règles sont très strictes et l’ambiance oscille entre harangue, mouvements de contestation et nuée d’applaudissements.
Au sein des cités, a l’échelle locale, les poètes s’affrontent dans des cafés et cafés théâtres d’habitués. Il y a des épreuves par équipes et un concours individuel. Les juges sont choisit au hasard dans l’audience. La composition d’une équipe peut varier au cours de la soirée, le choix de ses membres est une véritable stratégie qui évolue fonction des performances des autres équipes. Si les adversaires d’une équipe ont obtenue une bonne note, l’équipe aura intérêt a faire conquérir ses meilleurs membres mais ceux-ci devront renoncer à la compétition individuelle ; les tensions montent, chaque poète doit choisir entre son intérêt individuel et l’intérêt collectif. Les soirées sont très animées et passionnantes. Les vainqueurs remportent une récompense sous forme de prime ( souvent une centaine de dollars). Le spectacle est fascinant, des spectateurs s’emportent en applaudissement et des poètes protestent contre un vote injuste.

Les cafés théâtres organisent souvent d’autres évènements : concerts, représentation théâtrales… Ils sont un lieu d’échange, d’éclectisme et de créativité très vivants. A l’image du Nuyorican poetry café à New York.
Les rencontres nationales Au niveau national, les règles de compétition sont plus strictes. Le poète ne dispose plus que de 3 minutes pour déclamer avec une période de grâce de 10 secondes. Chaque poète est considéré comme membre d’une équipe. Il reçoit un droit de vote et choisit les deux ou trois équipes qu’il juge les meilleures. Chaque équipe doit écouter toutes les autres afin que chacune soit éligible. L’ambiance est plus calme. Les équipes sont responsables non seulement du vote mais aussi de l’évolution ultérieure de la "législation" slam : elles émettent des critiques sur les règles du jeu, la validité d’un vote ( pas assez de villes présentes…) Les vainqueurs se voient récompensés par des primes pouvant atteindre 1000$.
Les championnats nationaux jouent un rôle important en ce qui concerne la renommée d’une équipe et influencent ainsi grandement le devenir des actions locales entreprises par cette équipe. Ainsi le mythique Nuyorican Poetry Slam , champion en 1996, a imposé son café théâtre comme un lieu incontournable de la scène slam américaine. Et l’ Austin Poetry Slam a une action très étendue au Texas.

Globalement, si la communauté slam créée au niveau local des lieux de rassemblement qui doivent être propice à l’échange avant toute forme de compétition, le rôle des rencontres nationales n’est pas clair du tout, ce sont surtout des qualificatifs pour les rencontres internationales. Les Compétitions internationales Les « Poetry Olympics » ont lieux chaque année dans des pays où une communauté slam est très active. Ils sont organisés depuis 1996. Des qualifications sont organisées au niveau national dans tous les pays participants. Des championnats se sont déjà déroulés à Jérusalem ( octobre 1996), Hambourg (Février 1997), Johannesburg ( été 1997), Stockholm ( Octobre 1997 et octobre 1998). Les réunions sont très animées, des poètes « chauffent » la salle et des groupes discutent autour de bouteilles.

Bien que très organisées, ces compétions ne sont pas tombées dans l’académisme et conservent la convivialité des bars de leur origine. Les poètes sont souvent passionnés et déclament devant une assistance attentive avant que les votes donnent lieu a de vives manifestations ( tel ce poète s’estimant lésé qui assaillit le président du jury jusqu’à ce que celui-ci lui décerne la victoire (le lendemain). Les récompenses atteignent des montants très élevés (de l’ordre de 2000$ pour l’équipe gagnante et de 500$ pour le champion individuel) et ajoutent à l’intensité de la soirée… Si le système de vote est identique à celui des compétitions nationales, certaines règles peuvent changer au fil des ans comme celle concernant la langue. Lors des premières olympiades toutes les prestations se faisaient en anglais, puis l’IOOP a décidé de mettre en valeur le multiculturalisme qui caractérise ses rassemblements en exigeant que les représentants d’un pays s’expriment dans leur langue maternelle, une équipe s’exprimant dans une seule langue. Un pays peut avoir plusieurs représentants selon que son éventail linguistique est plus ou moins large (comme la Suisse ou Singapour).
Ainsi, le début des années 90 est une période de solidification de la « slam family » à travers ces compétitions. Durant cette période des cafés se sont imposés en tant que pépinières de poètes (Nuyorican café, Austin café…) qui alimentent les compétitions. Ces dernières sont très animées ( certains poètes vont jusqu’au strip tease, les juges passent souvent 24 heures sans dormir afin de régler des disputes…) si bien que le slam se forge progressivement une identité de « sport sanguinaire» au sein du mouvement littéraire américain. Mais les différents championnats sont ainsi l’occasion pour la communauté d’exprimer de défendre des enjeux sociaux et politiques.

Loin d’être un clan fermé, la « slam family » entend créer des débats d’idées concernant tout un chacun ; elle pourrait être rapprochée du mouvement hip hop de part ses revendications sociales : elle prône liberté d’expression et réalisme., elle chante la rue la violence et le désespoir, l’amour et les rêves aussi…
Bientôt elle intéresse les médias. La popularisation du mouvement commence avec quelques retransmissions télévisuelles comme les « Spoken Words : Unplugged » diffusés par MTV en 1992 et 1994. Elle ne fait que s’accroître.


C / De l’underground à un art à part entière

Jusqu’en 1996, le mouvement est resté relativement peu connu en dehors du milieu underground. Quelques disques (GrandSlam ! en 1994) et rapports journalistiques ( about : comtemporary poetry) donnèrent au Slam une place de renégat dans la poésie contemporaine américaine. Il restait une forme d’expression minoritaire, notamment auprès des jeunes, dans les formes d’expression contemporaines. Elle fut révélée grâce à l’intérêt des journalistes Tony Award et Paul Devin qui collaborèrent avec le slameur Saul Williams. Grand champion du Nuyorican Poetry Café de Brooklyn et vainqueur de la compétition nationale de Portland en 1996, il fut mis en vedette par Tony Award dans le documentaire »Underground Voices» qui relate le championnat. Il contribua aussi à l’écriture de « SlamNation »où Paul Devin analyse la montée en popularité du Slam.
Par la suite, en 1997, Saul Williams co-rédigea le scénario du film « Slam » réalisé par Marc Levin. Celui-ci retrace l’histoire d’un ancien prisonnier qui survit en prison grâce au pouvoir de la poésie. Primé caméra d’or au festival de Cannes 1998 et grand prix du Sundance de la même année, « Slam » marque la reconnaissance du slam ou spoken word en tant qu’art à part entière.

Une conséquence immédiate est l’explosion de la popularité du Slam : la presse s’est emparée du phénomène ; CNN était présente aux championnats nationaux d’Austin en 1998 et a suivi deux équipes quelques mois auparavant, PBS aussi, et MTV parle des « Real Worlders »…
Dés lors, les agitations internes de la « Slam Family », les controverses au sujet des votes, donnent lieux à de nombreux articles. La « Slam Family » a quitté le milieu underground et devient une scène à part entière avec ses évènements et ses scandales comme le « Boston Globe Scandale » ( la journaliste et poétesse Patricia Smith rédigea des colonnes enflammées dans le Boston Globe et se vît licenciée pour fabulations, d’où un vaste débat autour de la vérité dans le travail journalistique.).
Des personnalités occupent le devant de la scène , Patricia Smith bien sûr, mais aussi Gayle Danley, Bob Kaufman, Jack McCarthy, qui obtiennent des prix à répétition lors de championnats nationaux et qui eurent une action médiatique non négligeable.

Petit à petit , le Slam se forge une identité dans les milieux musicaux et poétiques américains. Il est reconnu en tant qu’art oral , un art de représentation qui exprime toute sa force dans l’instant de la déclamation. Il est musique de part les rythmes, sonorités et intonations des poètes, lorsque les mots sont vivants en dehors de toute signification, lorsque les impressions et sensations que crée le poète deviennent messages à part entière : lorsque la violence, la rébellion, l’amour et l’injustice sont transmis dans le flot de paroles, dans le fleuve vivant que déclame le poète charismatique.
Le slam est aussi poésie de part les images dont regorgent les chansons, la poésie la moins académique qui soit. Enfin reconnu, ses influences sont plus variées que jamais : les artistes s’inspirent de rythmes hip hop, flamenco, de blues pour les mélodies ; ils décrivent la réalité de la rue, tout ce qui les frappe dans un vaste mouvement contestataire et s’attaquent à des sujets toujours plus variés ( violence, meurtres , sexualité, scandales, racisme, plagiat…).
Le Slam est devenu aux USA le lieu de la liberté d’expression absolue.

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