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Félix Jousserand |
Ambassadeur |
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roman
noir sur scène électrochoc comme on armerait un fusil automatique
territoires interlopes métaphysique du sous-sol une photographie du
monde moderne c’est un langage chroniques polyphoniques de la zone de
calme dirige de la main gauche les Editions
SPOKE mailto : spokevousparle.com
SPOKORCHESTRA :
Collectif de spoken word avec NADA et D’ de Kabal / sur la route
souvent /
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Une
fausse blonde sublime agonise dans les odeurs de havanes, fauteuils
club, il ne faudrait pas être ailleurs, vous savez, ailleurs les verres
se servent à ras bord, ici les gants crème font glisser sur comptoirs
en ébène, on prendra notre temps, pour ajuster les graisses à la
forme du cuir, faux mouvement, la maison garantit l’harmonie de
l’ensemble, c’est extraordinaire et tellement original, c’est une
si bonne surprise, ici on sait à quoi s’en tenir, la maison garantit
la surprise et les fausses blondes on toujours un mouchoir avec elles,
une serviette, un masque à gaz, une Mercedes Benz, la vie au ralenti,
et sans fausse modestie, je vous trouve exemplaire, mon ennui
proportionnel à l’épaisseur des moquettes sur lesquelles on avance,
au ralenti, à vitesse conforme, une grande porte à battants rotatifs
à l’entrée fait le tri, alors pourquoi ne pas se mettre en
chaussettes, dans la musique de feutre on se dit qu’on est bien dans
ce mince interstice entre le bronze massif et le creux des moulures,
entre le pli des ventres et la famine des dames, entre la masse visible
et les semelles tout cuir, made in France, madame, vous savez, fragiles
comme le cours des matières premières à la bourse, des matières précieuses,
ici on vient pour sentir le silence, pour voir les petits cercles
humides que le dessous des verres dépose à la surface des tables, vous
voyez, le verre est absolument sec, vous le remplissez, et alors de
petites gouttes apparaissent et laissent une trace en forme de cercle
derrière elles, donc, sous le verre, et les fausses blondes détestent
ce genre de détails et les gros bonnets adorent mesurer la taille de
leur cercle en fumant un havane, sans complexes, pas de frime surtout,
pas de drame, par pitié, avez-vous vu comme il sait bien y faire, ce
barman est splendide, les serveuses sont parfaites, si précises à leur
place, canapé réservé, au comptoir du palace, la fausse blonde
s’est levée de son siège en se fondant toujours dans la mollesse des
murs, profitant du protocole capiton des bourgeois en lévitation
autour, la fausse blonde s’est dressée comme un vulgaire courant
d’air au milieu du nappage de fumée, elle a rejoint le comptoir en ébène
et s’est mise à parler : Qui
m’a posée ? Qui
m’a posée là ? Qui
m’a raflée ? Et
qui paiera ? Elle a ouvert son sac à main à double initiales dans l’assurance tranquille des salons, il était question d’une partie fine à la table d’hommes et des femmes comme elle qui était à sa droite quand le premier crâne chauve a volé en éclats, et la fausse blonde tellement sereine et à bloc que la latence entre la détonation et le moment où la panique se met à saisir les clients se dilate, main serrée sur la crosse elle écoute le murmure dans la salle, on dirait : elle cherche une cible, mais l’entre-deux ne dure pas, regardez, c’est une arme automatique qui nous menace, elle est prête à cracher, et la monnaie sort des poches, on l’aligne sur les tables, on a de quoi payer, prenez tout ce que vous voulez mais de grâce, et de fait, la blonde s’en balance, sans désordre elle arrose l’assistance, la mitraille s’enfonce dans les fauteuils qui se gorgent de poisse, et comme si tout le monde se mettait à savoir la justice, personne ne bouge, et l’intérieur du barman s’infiltre dans l’ébène du comptoir, et personne qui hurle, comme un retour à la normale, c’est la graisse des ventres qui suinte à présent par les cratères que le métal perce à mesure que les douilles frappent le sol, she makes me wanna die, mort à l’Intercontinental, on n’est plus claustrophobes, on exécute en famille, enfin, on respire, ça n’est quand même pas souvent, que la moelle retourne aux crachoirs, quand on pense aux sirènes de police un peu longues à venir pour un quartier si chic, quand on pense à l’abondance et quand on voit l’hécatombe, encore un dernier chargeur, pour quelques salves de plus, pour ajuster la tête, être sûre cette fois que mastercard ne protège plus des balles, qu’elle ne cuirasse plus les cœurs, pour le plaisir d’une pièce de viande classe affaire explosée sur moquette, et dans un cadre idyllique, une page ouverte du catalogue « atmosphère cosmopolite » des corps déchirés, que la fausse blonde enjambe pour passer derrière le bar, elle s’y sert un verre de vin de classe insolente et rejoins les fauteuils, croise les jambes et sans puis-je vous offrir un verre, mademoiselle, dos au cuir du siège, silence autour, même, piano man est en miettes et mademoiselle soupire du plaisir de sentir les odeurs de poudre remplacer celles des havanes, enfin paisible, une courtisane qui se respecte, une call-girl digne de ce nom, saura toujours avoir de temps de se refaire les ongles en attendant l’arrivée des fourgons, elle se dit à elle même. |
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